Qui réveillera Aliev?

Il faut de toute urgence réveiller Aliev. Et lui dire qu’on l’a trompé. Lui dire que les 24h se sont écoulées depuis longtemps et le Karabagh – qu’il est plus exact de nommer Artsakh – n’est pas vaincu comme le lui avaient promis ses militaires,

Que la sensation de douleur d’avoir été éjecté du trône – il ne l’a pas rêvéю

Qu’il lui faut défendre son propre peuple et ses soldats qui, pour quelques raisons, se sont retrouvés non pas derrière les canons mais devant – sur la ligne de feu.

Qu’on bombarde la capitale du Karabagh, on tire sur ses maisons, on tue ses habitants. N’est-ce pas eux qu’il invitait à vivre dans le giron  de l’Azerbaïdjan? Quel est donc ce président qui fait bombarder ses citoyens? N’est-ce pas celui qui, aujourd’hui,  a pris en otage son propre peuple et l’a  jeté en pature aux ambitions de quelque-uns au nom d’ambitions monstres et infinies.

Que bientôt les remous populaires se cogneront à la vague guerrière – alors que les fonctionnaires ne le tiennent pas au courant.

Que faible il n’est  d’aucune utilité pour Erdogan – le but est de  tout accomplir proprement, soigneusement, rapidement,  pour qu’on n’y trouve rien à  redire, or là, tout le monde est au courant

Et que la Russie  n’a plus besoin de ses tomates rouges de Bakou. Ni de ses pommes non plus. La veille des actions militaires en Artsakh – le  26 septembre – votre haqqin az/haqqin.az/ a fait part d’une sinistre nouvelle : « Un certain pays » a tout à coup pris le leadership pour livrer des pommes à la Russie, évinçant du marché les fournisseurs habituels parmi lesquels figure l’Azerbaïdjan».

Et que cela ne valait pas la peine de trop s’en émouvoir. Autrement, d’autres pays cesseront de s’approvisionner: qui veut des pommes et des tomates de barbares. Le pétrole – c’est autre chose. Il traîne toujours derrière lui une odeur malsaine. Peut-être que cela pourrait le sauver. Mais pas à chaque fois. Le prestige est un matériau délicat – s’il se détériore – on ne pourra le rétablir.

Qui donc ouvrira les yeux à Aliev? Et lui dira qu’il a été mal informé, que l’Arménie a des amis et que les livres d’histoire ne sont pas écrits qu’en Azerbaïdjan et en Turquie. Que le monde civilisé peut se permettre d’avoir accès à une histoire  – autant que cela est possible – fiable, qu’il peut défendre ses valeurs et ne pas toujours jouer au sourd et à l’aveugle. Et en faire la démonstration comme n’a pas eu peur de le faire Macron, à ceux qui tentent de franchir la ligne rouge. Ou qui l’ont déjà franchie.

Un proverbe arménien dit: Si tu mets les deux pieds dans la même chaussure, tu tombes. Les ultimatum sont des procédés dangereux. Il est temps de se réveiller. Les gens meurent. Cette guerre n’est pas la tienne.

Noyan Tapan